William, Julien, Nora et les autres

WIILIAM FRIEDKIN

A toute vitesse, dans la bonne direction

En cette semaine d’élimination de coupe du monde de foot féminin, je suis, de plus, au regret d’inhaler, dès lundi, des airs de décès avec celui de William Friedkin.

Cinéphile sous tension, les années prolixes dites quatre vingt et les deux décennies suivantes ont fini de sceller mes pactes de spectatrices -actrices aux yeux rivés. Non, il n’y a pas que des hommes, mais des visages, des personnages d’écran, vampires de mes heures d’ado, de jeune adulte et toujours larmoyant aux bons souvenirs de ces périodes chéries où le cinéma, lieu temple, avait des noms, des mots associés à une cinémathèque, le Flambeau et l’Aiglon à Berlin, le Cyrano à St-Dizier, le Rex partout ailleurs et les MK2 à Paris…

A l’instar d’un De Niro, Friedkin, cela serait chacun le sien, pour moi, il est et, reste celui qui m’a fait vaciller, à 11 ans à peine, lors de la découverte de : To Live and Die in L.A.

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Film tour de force et véritable apogée du style speed de Friedkin, avec Rick Masters le faussaire a.k.a Willem Dafoe magnifique, traqué par deux flics, entrainant une course poursuite à se pâmer, sans pour autant, aimer les voitures, du rythme, du rythme, une scène d’aéroport à classer au panthéon des 10 meilleures scènes d’aéroport, Heat y compris, de superbes second rôles, John Turturro, une bande originale mémorable signée Wang Chung, un générique, une typo-titre, du double et de la sensualité. Un amour des jeux dangereux où l’apparence brille grâce à ses inverses et ses miroirs qui s’entrecroisent, nous laissant, en proie, à de nombreuses suspensions. J’ai aimé et admiré Debra Feuer, vous l’aurez peut-être saisi, j’avais choisi mon camp, celui des infréquentables qui finissent mal, Masters, en feu, au milieu de ses toiles…Souvenir inarrêtable.

:Célèbre pour son film d’horreur au succès planétaire, L’Exorciste (1973), William Friedkin est mort le 7 août dernier, il avait 87 ans.

« Cet admirateur d’Orson Welles, d’Antonioni et de la Nouvelle Vague a failli emprunter la voie du cinéma d’auteur, avant de basculer dans le film d’action. Deux énormes succès ont fait de lui le roi des années 1970. D’abord French Connection (1971), qui a reçu une pluie d’Oscars (film, scénario, mise en scène, interprétation pour Gene Hackman), où la spectaculaire poursuite en voiture influencera la manière de mettre en scène les films policiers… » Source

Emotions & Cérébralité

Tout juste au milieu d’un naufrage d’août, mes jours sont parfois bousculés. S’il existe des êtres que je reverrai avec plaisir, certaines sont des visons, en revanche, d’inconfort, face à ces corps là, stress voire angoisse, non, je n’ai aucune envie de te revoir. Et oui, le plaisir, absent de mon être, devant toi, serait verre amer. Tu as, tu possèdes et détiens mais tu n’es pas un être susceptible de produire, en moi, de l’émerveillement, ton image soulève du malaise. Prouver est le verbe gravé sur ton front, la signature de ceux qui n’ont que peu d’estime, montrer au monde les bribes du tien, quelle importance ? Qu’as-tu à représenter ? De qui vas-tu, encore, te servir pour signifier ?

Cette mentalité malade m’ennuie, si le bateau venait à choisir, je privilégierai les êtres qui créent, même morts, ceux qui partent d’eux-mêmes, en empruntant des chemins-passage, des zones frontières où les associations rêveries et mémoires du paysage seraient aventures et morceaux, délicatement, choisis.

Chacun son monde, ses accotements stabilisés, en revanche, vous semblez fonctionner de pair, ensemble, lui et ses prétextes et toi et tes images, tel un interminable monologue masculin qui dure, à ras votre sol de père, sans rebattre de cartes ni modifier le jeu.

Etre cette vivante là ne présente aucun intérêt pour moi, autant quitter le navire, exhumer le voyage mental sans se retourner.

Je regrette mes heures vivantes à vous espérer étonnant, abrasif et brillant.


JULIEN GRACQ

Rien de commun

On part en barque, on reprend la lecture oubliée du Rivage des syrtes, et son prix refusé Goncourt, en 1951, Julien Gracq, l’auteur admiré pour ses « Eaux étroites« , pour sa fidélité excessive à José Corti.

C’est donc avec la plus belle des valises littéraires que j’embarque sur la route culturelle d’un de mes projets. J’ai choisi cet accompagnateur pour aborder la place de l’eau, des rivières dans un paysage patrimonial coincé en plein village. En septembre prochain, jour de dimanche, 17 au compteur.

Voici les morcellements de mots qui firent table rase:

Louis Poirier alias Julien Gracq – discrétion légendaire-écrivain rare et secret- pseudo rythme, tout doit être fictif dans la fiction, sonorité, hors des honneurs, paysage histoire, enfance campagnarde près de la Loire, la fréquentation de l’eau est importante d’un point de vue imaginatif, éclairer le monde, changer d’éclairage, foyer, un centre d’éclairage : mémoire: imagination. Retenir ce qui va servir. Mise sous tension d’un lieu par la nature du lieu. Histoire, frontière: lieu de tension, paysage/gens/évènement (guerre), position d’entre-deux -rivage- attente perpétuelle d’un événement qui ne trouve jamais de résolution. Ecrivain de l’œil, géographe féru de peinture, valeur contemplative (plante humaine: replacer l’homme dans son univers, s’immerger dans son paysage), il a écrit 15 livres. Il est retourné vivre dans son village natal, mort en 2007, vivre dans le compagnonnage du fleuve (Loire), mer, lumière mouillée des bords de l’eau, la forêt est très importante (lire Balcon en forêt), il est géographe et historien, aime l’ordinaire des jours et la fidélité. Surréaliste indépendant, un temps communiste, il ne se fond pas dans un groupe, solitude voulue, se met en retrait, il observe, attentif, précision, présence de l’ailleurs, passage, mystère, forêt et eau : patron mythique de l’univers de Gracq- Chambre des cartes – moment d’interruption. Fidèle à « Rien de commun » – devise de Corti. Il m’a amené, naturellement vers l’image avec un portraitiste Roland Allard de l’agence VU: Photographe Roland Allard

Les Eaux étroites – voyage à détours vers Goethe, Le Grand Meaulnes, Poe ( lettre volée, Chute de la maison Usher, Double assassinat dans la rue morgue) Bachelard, Nerval, Rimbaud, Balzac (Les Chouans), Jules Verne (La maison à vapeur) Proust, Noël Devaulx

Noël Devaulx ? Ecrivain et poète, de son vrai nom René Forgeot, entre ombres et fantastique, il écrit Le pressoir mystique, 1948 (nouvelle), Sainte Barbegrise, 1952 (nouvelle), Le manuscrit inachevé, 1981, Le visiteur insolite (contes), 1985, etc. L’écrivain et poète, Noel Devaulx rejoint ses spectres

Puis, avec Julien Gracq, j’ai eu envie de lire « La Maison » histoire de déverrouiller encore plus la porte de l’imaginaire et de me laisser aller à la lecture de sa prose splendide…

J’ai aussi fait la connaissance d’une femme qui a beaucoup compté pour lui, un territoire privé, Nora Mitrani, proche des surréalistes, écrivaine et sociologue bulgare disparue à 39 ans, en 1961.

Balzac quand tu nous tiens

Lors de ma recherche sur l’eau, je suis d’abord tombée sur la Loire et sur Balzac et sa minutie d’inventaire, parce que le motif de l’eau est le motif balzacien le plus constant. Avec Balzac, j’emprunte la Loire, encore elle, elle est un fil pour ma narration de septembre prochain, elle me conduit vers la Vienne, avec le Curé de Village, et puis Balzac c’est un passage à Limoges, de là, je plonge dans la Gartempe avec Jean Blanzat, le Faussaire, Septembre, je ne sais pas encore…Et galope tout à côté de la Vayres, rivière éponyme du village et ses affluents, Tourate, Grava, Pruneille …

Avec Balzac, on ne quitte pas non plus Engels et Alain, les philosophes, « dans une lettre sur Balzac, Engels explique qu’il a plus appris sur l’économie et l’histoire chez Balzac, qu’en lisant les économistes, Le philosophe Alain a la même impression lorsqu’il écrit, dans le remarquable Avec Balzac : « […] j’ai plus appris dans Balzac que dans les philosophes et les politiques…De quoi reprendre un billet littéraire!

Curé de village ? projet conçu en septembre 1838, fut publié en feuilleton dans le journal La Presse en deux fois, en janvier 1839, puis en juillet et août 1839, et ne fut édité en librairie qu’en mai 1841, après d’importants remaniements. Tout en clair-obscur, il est un des plus émouvants romans de Balzac

Balzac et Limoges ? Une maison de Limoges du XVe siècle, aujourd’hui disparue, est à l’origine d’un roman d’Honoré de Balzac, Le Curé de village. Dans ces pièces quasi obscures, derrière ce rideau de pierre se dérouleraient les scènes préliminaires du Curé de village, tandis que là-bas, sur l’une des rives de la Vienne, près du vieux pont, s’accomplirait le crime qui formerait à la fois le prologue et le pivot de l’action scénique. »Archives Haute-Vienne, Balzac

Après avoir quelques années durant travaillé sur la question du fleuve qui sépare ou qui ancre une ville et ses territoires, je retourne, en eau, avec la vienne, rivière non navigable et ses rives, affluents…

L’amour de Mme de Mortsauf et de Félix de Vandenesse est inséparable de la vallée de l’Indre, tandis que la Vienne marque la frontière entre les deux destins de Véronique Graslin.