Dix Bonjour, suite de la réparation

J’avais envie de vous dire Bonjour.

Cette nouvelle année marque une volonté toujours plus forte d’engagements: enfin, pouvoir composer avec l’entièreté de mes savoirs pour ne former qu’une.

Pour clore ces derniers chapitres haut viennois de recherches, parsemés d’observations et de chocs culturels, je partage cette dernière partie de la publication du projet iconographique Dix Bonjour afin d’acter une réparation, entreprise en 2015.

Pour situer tous nouveaux arrivants à cette adresse: ce site internet permet de faire le lien entre IPL, mes habits du dimanche (ceux de créatrice de photographies), et Isabelle Pompe, l’autre versant de ma colline, celui qui se colle à de multiples entêtes, qui vont de l’ingénierie de projet à des digressions sur des sujets de société, des engagements, des écrits métaphoriques et des chroniques culturelles.

Heureusement, je suis, encore, vivante, en janvier, jour de 16, 2026. Vous l’êtes vous aussi.

La guerre culturelle n’est pas terminée.

Mon nom est, aussi, associé à des métiers peu enchanteurs mais toujours autant formateurs, à des CV aux titres qui ont coupé, en morceaux, ma vie, haché mes expériences en tranches.

Il était temps de faire un tout.

Pour accompagner mes mots du jour, voici donc les cinq autres images, les cinq dernières du projet Dix Bonjour. Une série animée, sortie en été olympique 2024, fruit de sédimentations, de couches successives de réparations, en somme, des images avec rustines pour pouvoir rouler, complète, et sans crever.

.

Ne restera que la laisse, IPL

.

Parlons adresse, code postal, rues, quartiers, si vous le voulez bien, parce qu’il est, ici, question de réparations.

Lorsque votre accès au droit est inégal, manque cruellement de fraternité et de liberté car vous n’avez pas le choix d’habiter là vous aimeriez, votre vie n’est pas du tout la même.

Qui plus est, puisque vous êtes l’enfant de vos parents, vous héritez, sûrement, de leur mal logement, de leurs mauvaises adresses. Vous commencez, en quelque sorte, un peu mal.

Longtemps, on ne m’a rien demandé puis on a frappé mes rues et quartiers avec des propos injurieux. La banlieue en IDF, la rive gauche de Rouen, pour ne citer qu’eux.

J’ai dû m’asseoir sur ma liberté de choisir. Pourquoi en rajouter ?

Souvent la formulation que je prenais en pleine poire ressemblait un peu près à une violente incompréhension, à un affront déguisé en jugement, plutôt, subjectif. Les fameux biais qui conduisent à la discrimination.

Bien souvent on s’égare car on ne sait pas ce qui coince. L’Etat a, sciemment, oublié des collectivités, des territoires, en termes d’accès au droit mais il sera toujours plus facile et plus lâche de stigmatiser une population.

.

Chair de plumes, IPL

.

Le CV, une photographie de soi ?

Puisqu’il ne fallait prendre que cette série de compétences et non celles-ci, puisqu’il est plus vital d’être gestionnaire que nécessaire d’être curieuse…Tout dépend de votre métier, vous me direz.

J’aimerais ne plus hachurer ma vie professionnelle, ne plus trier dans mes connaissances et compétences, surtout celles qui sont mises à jour le plus souvent possible.

Je ne suis pas mon parcours pro mais lui, c’est la photographie de mes adaptations à un monde du travail qui a changé et à l’évolution d’une société, sans oublier que mon cv est fortement impacté par les bassins d’emploi de mes adresses.

On parle du passage au XXI siècle, on parle d’un quart de siècle!

Votre trajectoire s’est faite à partir de vos adresses, comme tout le monde, oui, mais ces lieux d’habitation ont connu un non respect du droit commun.

Injuste est votre adresse car vous n’avez pas le choix de résider ailleurs.

Vous devez multiplier par mille vos preuves de résistance aux stigmates.

.

De chair et de sang, IPL

.

Votre volonté de vivre est immense et votre soif d’apprendre est décuplée. Isolée, larguée, comme vous voulez, les constats demeurent. Vous auriez pu lâcher l’affaire oui mais voilà, tellement vous avez enduré, vous n’êtes, toujours, pas amères.

Increvables ?

Voir et déplorer le peu de possibilités vous rend solidaire d’initiatives car l’enjeu tient en ce que tout ne meurt pas autour de vous. Les projets, acteurs locaux sont vos lumières dans un ciel souvent assombri par la lenteur voire l’extrême lenteur des actions et la complexité des mises en accès.

Oui, la vie au vert ça sonne joli mais c’est le meilleur moyen de perdre en motivation car votre contrat en termes de droit commun peut sembler résilié. On vous rend dépendants des voitures, on vous colle des trucs aux basques pour que vos pas soient plus lents, on vous englobe dans la valise des éloignés, on vous centralise dans la France des perdus.

Si vous vous fiez au mots collés et curieuses associations d’idées et d’images: après avoir vécu dans la jungle (banlieue), vous vivez, à présent, dans le désert (campagne)!

Là, tout semble loin, tout exige une mobilisation de folie, je ne suis pas une parvenue, ni une illuminée.

Vous portez, sur le front, le stigmate de la pauvre paysanne, a priori, a fortiori, inculte ?

Vous l’aurez, sûrement, remarqué, la condescendance ne perd que rarement ses plumes. Attention aux fake news, attention aux propos fallacieux, aux atteintes à la dignité.

Là, où les choses dévissent un peu, pour celles et ceux qui vous toisent, c’est lorsque vous leur répondez, que vous signalez votre envie d’en découdre pour vous extraire de ces routes qui comptent bien trop d’ornières.

.

En finir avec compliqué, IPL

.

J’ai souhaité me réparer en écrivant, en me formant à la création de sites internet, en faisant des images, en étant autodidactes dans quelques domaines, en reprenant mes études car j’avais faim d’expériences stimulantes.

Je n’oublie pas le stigmate du pas d’étude, j’ai commencé ma carrière à en prendre plein la tête, à ne pas être payée correctement car je n’avais pas tel ou tel niveau d’études. Pourtant, je faisais mon travail au mieux, toujours mieux comme une bonne élève. Merci aux stéréotypes de genre de m’avoir collé l’étiquette de bonne élève.

Je respecte le savoir. Ses accès ne m’ont du tout été facilité, habitant loin du lycée, loin de l’université, devant déménager pour des questions de carrières parentales, j’ai, régulièrement, été exilée.

Loin, très loin du fleuve tranquille. Idem pour la mise en route d’une vie professionnelle, embuches, distances délirantes, transports qui vous coupent de toute vie sociale dite normale, oui, tout cela j’en ai fait les frais et l’expérience.

Conflans-Ste-Honorine, Chanteloup les Vignes sont quelques une des communes qui ont associé mon nom aux leurs sans que je puisse avoir le choix. Je n’ai jamais eu honte de vivre chez elles, travaillant à Paris, j’ai effectué, sans broncher les trajets.

Puis Paris Pelleport m’a dit tu vivras dans un petit truc et tu travailleras loin de chez toi. Ton temps pro se décomptera en dizaines de minutes, en une heure pour ton trajet du matin, pareil le soir. Avec des journées qui démarre à 10h et qui s’achève à 19h, parfois tu finiras à 21H, ou encore à minuit. Tu te plieras au sacro saint trajet des mauvaises adresses de départ, tu mettras deux heures de plus pour respecter le cadre imposé des horaires sans pour autant aimer ton cadre de vie.

Pas le choix.

J’ai, en effet, vécu, dans des endroits, où l’accès au droit relevait du parcours du combattant. Sans assistance ni respect, j’ai enquillé des situations résidentielles impropres à la réalisation de soi, à la possibilité.

Vivre au recto de la France revient à être jugée, larvée, déconsidérée alors que vous n’avez rien demandé. C’est de là que vient mon attachement au pluridisciplinaire, mon appétence pour la fabrication, le DIY et ma curiosité, de ces lieux mal faits, sans égalité avec le verso.

Plantée en terre pas facile, nourrie à la difficulté, je défends, j’interdis que l’on stigmatise ces gens, les habitants de ces adresses.

Depuis mes rues à la sale tronche, j’ai trouvé, puisé la liberté de créer et de penser parce que c’est un droit. Je sais combien la société française aime les étiquettes et comme il est raide de faire, seule, des choses, de les réaliser, de les mener à bien. La reproduction sociale joue à plein régime. On vous reproche votre monde, vos origines, vos études, vos ambitions… Se faire seule exige un immense courage. L’indifférence est le plus grand des mépris…

.

Vos possibilités de retrait sont épuisées, IPL

.

Au cœur de l’été 2024, j’avais entamé la démarche de publier, ici, la première partie de cette salvatrice série, « Dix Bonjour« .

Avec l’introduction suivante: « Je vous présente, en extrait, cinq «dix bonjour», derniers fruits de créations mûris sous le soleil des JO de Paris. A expérience humaine unique, droit de réponses et saluts photographiques obligatoires.  »

Ces mots n’engageaient que moi à cette période précise. Le rustinage était, toutefois, en cours.

Vous pouvez lire et voir l’article dédié en cliquant ici

Je vous souhaite une entrée en la matière 2026 emplie de volonté libératrice, de créations et de réparations!

Qu'en pensez vous?