Le Jardin Fauves, une création à quatre mains pour participer au changement de regards

Le Jardin « Fauves »

Ce jardin situé en plein bourg, à Vayres, village de Haute-Vienne de 750 habitants est composé de grands arbres à partir desquels nous avons construit des îles, ilots, des espaces à même d’offrir le gite et le couvert pour de nombreuses espèces d’oiseaux, d’insectes…

Plusieurs sortes de grenouilles séjournent à l’année dans leur mini mare et au cœur des zones fraîches, les lézards des murailles, papillons, libellules, chauve-souris partagent ces lieux dédiés, avec parfois, de jolie visite comme celle de la Huppe Fasciée, en avril 2023.

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Refuge L.P.O, le jardin « Fauves » a été pensé et composé par quatre mains dès novembre 2021.

Un jardin vivant en mutation qui laisse une place de choix aux plantes spontanées.

Pourquoi un tel mépris du pissenlit ?

Le pissenlit sauvage entre en scène en cette période printanière, en effet le Taraxacum officinale fait partie des toutes premières fleurs de la saison. Le pissenlit parle pour votre sol, il peut vous indiquer qu’il manque d’azote. Il fait un job crucial avec ses racines pivotantes, il fait circuler l’air et l’eau et peut éviter l’asphyxie. Ne pas les arracher, c’est mieux.

« À un moment où les ressources sont rares, il offre nectar et pollen aux abeilles et autres pollinisateurs, ce qui aide le redémarrage des colonies et la pollinisation des fruitiers du jardin. » D’autant qu’avec des températures qui chutent, les auxiliaires ont grand besoin d’eux!

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Pied du cerisier enherbé, mai 2025

Notre volonté est de montrer que notre perception des plantes spontanées, nos différents regards expriment des éléments socio culturels.

La présence des plantes spontanées nous amène à aborder les questions d’ordre, de désordre qui vont bien au-delà de l’image de saleté mais qui touchent à la notion d’ordre social voire d’ordre moral.

La raison pour laquelle nous travaillons en valorisant le patrimoine naturel et floral, lors de la Petite Fête de la Rose (en août) par exemple, tient aussi en le fait de souligner la malheureuse hiérarchisation des plantes qui sacre la rose et méprise le pissenlit sans prise en compte des rôles respectifs et des différents regards : esthétique, hygiéniste, bio.

Par la mise en valeur de la rose, nous apportons un regard critique sur la gestion des espaces, la manière d’esthétiser et de vouloir faire propre dans les villages, nous tenons à rappeler la préciosité des plantes en faveur de la biodiversité.

Nous militons contre les préjugés dans tous les sens du terme, cela vaut également pour les fleurs, depuis leur couleur, forme, taille et diversité!

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Au 1er plan, un jeune rosier paysager Louis Blériot.

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Une série d’actions à mener, en ce sens, nous semble très importante pour comprendre ces facteurs, ces freins et permettre, via une enquête terrain, d’écouter et d’identifier ce qui gêne, dérange, provoque le rejet chez ces plantes spontanées.

Pour nous, le jardin est la porte ouverte sur tous les sujets de société, il possède une grande puissance évocatrice, il permet d’être face à des situations de crise (sol fragilisé, stress hydrique, inondation, canicule…). Il est un grand livre ouvert en permanence d’où s’échappent les conséquences de nos actes, les trésors de ressources et les facultés que possèdent la nature en termes d’adaptation.

Il est un poste d’observation, d’action indispensable pour la compréhension des enjeux de l’EDD (éducation au développement durable) à l’échelle citoyenne.

Notre rue l’est tout autant, tout comme tous les espaces publics qui nous entourent.

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Jardin Fauves, avril 2025

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Clot de murs, ce jardin au naturel s’est construit pieds d’arbres par pieds d’arbres, haies par haies diversifiées le long des murs, des haies à baies, florales, mellifères, les plus variées possible et adaptées aux types de sol, aux expositions et évolutions avec la prise en compte du changement climatique.

Un jardin d’environ 1000m² qui n’a cessé d’évoluer, de bouger, lieu où l’association Vayres à Soi plante ses décors lors des fêtes jardinales

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Pied du Tilleur argenté, avril 2025

Pourquoi Jardin Fauves ?

Parce que les Fauves, le Fauvisme.

Philippe Dagen dans son ouvrage  » Pour ou contre le Fauvisme » rappelle l’histoire des réceptions en octobre 1905 du Fauvisme. Un élément supplémentaire pour le choix de ce nom pour le jardin…Et aussi pour une nouvelle approche!

Le scandale, la fureur, qui dura encore durant des décennies, engendrés par la présentation au Salon d’Automne du Grand Palais en 1905 de ce mouvement non organisé, « qui n’est ni une école, encore moins un style stable et défini » sont tels que « l’hostilité à l’égard des fauves est immédiate et générale. »

Une autre génération de peintres est née, ils ne fondent pas, ils « chauffent l’impressionnisme au rouge, pour mieux en finir avec lui. »

Les Fauves ce sont des « cris de sauvages contre le bon goût et la civilité, contre les références classiques de la culture française. Ils sont provocants comme des « hors la loi de l’art et de la société. »

Les trois années de rupture du Fauvisme furent des années décisives pour l’histoire des arts, avec lui, « c’est la proclamation que la couleur autonome, indépendante de toute fonction descriptive est définitivement acquise. Kandinsky, qui découvre les Fauves à Munich, reconnaît dans leurs œuvres la confirmation de ses propres intuitions sur la résonance spirituelle des couleurs ».

Et grâce au Fauvisme, « naissent » le cubisme et l’expressionisme allemand.

Ils s’intéressent aux autres cultures, notamment les arts premiers et la culture populaire.

« Ainsi, l’ouverture aux autres cultures (étrangères et populaires) constitue un trait de la modernité fauve.

Les Fauvistes mettent en effet sur le même plan, l’art cultivé, populaire, non savant et les arts premiers.

Le principe fauve d’une expression instinctive, parfois violente, prend comme point de départ la perception de la nature. Les sujets populaires sont ainsi parfois traités en empruntant aux formes populaires elles-mêmes.Source

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Ne quittant jamais tout à fait la sociologie de la culture, j’ai pensé aux cultural studies, à ce titre, j’ai découvert que:

Les recherches anglo-saxonnes, liées au cultural studies, ont le plus profondément renouvelé l’approche du fauvisme, tant du point historique qu’esthétique, en mettant en avant des problématiques liées à la question du site (le paysage) ou bien à celles de la représentation du corps.

Source : Le Fauvisme, cent ans après

Jardin « Fauves » en actions

Le fauvisme n’est pas une invention, une attitude mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer.

Il nous tient à cœur, il me tient à cœur d’agir via une programmation, par exemple, en éducation artistique et culturelle, de penser des actions de médiation qui soient engagées pour la prise en compte de la démocratie culturelle et des pratiques amateures.

A la campagne, nous devrions toutes pouvoir faire, créer, penser par nous -mêmes.

Je conçois les événements qui se déroulent au jardin et en dehors avec des ateliers pédagogiques pratiques, des restitutions de travaux, des temps d’échange avec une prise en compte des participant.e.s.

Nous ne travaillons pas avec des publics scolaires, publics dits captifs, ce qui complique grandement la tache.

Ce en quoi, je ne quitte pas Jacques Rancière et son spectateur émancipé.

Le therme « Fauves » dépose à nos pieds l’imagerie du bestiaire, de la ménagerie, parle de la non hiérarchisation des cultures et aborde, en quelque sorte, l’éducation populaire à tous les âges.

Notre volonté: mettre en lumière les inconnus, oubliées et ne pas réduire le champ d’étude et d’exploration.

Vous connaissez Clovis Trouille ? Jacqueline Marval ? La grande oubliée du Cavalier Bleu (Der Blaue Reiter), Gabrielle Münter ? La performeuse Heidi Bucher ? La surréaliste Wanda Wulz ?

Nous militons pour les sciences participatives, le jardinage citoyen, le jardinage participatif.

Depuis une de mes communes de résidence en Seine-Maritime, voilà 6 ans, j’ai souhaité mettre en place une AMAP, un jardin partagé et un fleurissement de bacs communaux au niveau d’un quartier et d’une école.

Ici, à Vayres, je poursuis donc cet intérêt dès 2022/23 avec les « bacs bourdonnants« .

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Pour quels usages ?

Pour interpeller sur les questions de santé liées au jardin.

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Santé mentale

« Dr Gérard Lorimier :

« Une pratique régulière et collective du jardin nous apporte plus qu’une bouffée d’oxygène.

Jardiner, humer les plantes aromatiques, palper l’humus, permet d’inhiber tout stress chronique, de protéger et restaurer nos microbiotes, de garder une activité physique et faciliter une éducation nutritionnelle ».

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Quels autres projets ?

Des projets sont en cours de réflexion. Une nouveauté 2026, nous ouvrons le Jardin « Fauves » de mai à septembre de 10h à 16h30 sur RDV.

Jardin pédagogique, jardin à l’école

Depuis 2022, nous souhaitons réactiver le jardin portager fleuri à l’école primaire du bourg de Vayres. Impulser une vraie dynamique vis à vis des écoles et de leurs besoins, en et/ ou vis à vis de:

  • EDD (éducation en développement durable)
  • Faire classe dehors
  • Pour les écocitoyens en herbe
  • Les éco délégués
  • L’éducation à la transition écologique et sociale
  • La biodiversité ordinaire c’est quoi
  • Les trames vertes, bleues, noires ?

Isabelle Pompe & Joëlle Petit cofondatrice association Loi 1901 Vayres à Soi.

Pour aller plus loin:

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