La guerre à l’amour

Il arrive, un jour, où l’on réalise que nous sommes des soldats mués par un désir de réparation. Dès cet instant, l’on se met à vivement espérer que l’autre ne se transforme pas en illusionniste.

Il ne s’agit plus de miroir, nous ne tendons pas de piège, nos comportements visent, simplement, à signer un temps nouveau: nous ne serons pas ici pour subir, nous refusons les relations compensatrices fondées sur une culture d’intérêt. Fort de notre résilience, nous n’avons plus à rassurer.

C’est depuis notre territoire malmené que cette précision prend en vigueur. Nous avons suffisamment souffert. Apôtre de l’imperfection épris de justice, nous portons ce nouvel uniforme et les adages qui vont de pair:

Rétablir un équilibre, soutenir ce qui nous est cher, fortifier nos ressources communes

Les évènements manqueraient-ils de justesse ? De justice ? Notre intégrité, récemment, réensauvagée n’a pas à effrayer. Nous aimons la régularité mais préférons le changement, l’amélioration de nos conditions, l’apport nutritif, la bonification de nos courages. S’il y a bien un adjectif que nous ne cesserons de déplorer, ce serait, vain.

Encore plus aujourd’hui, avec le sacrifice de ces vies, nous ne pouvons concevoir d’autres perspectives pour nos demains qu’avec une générosité réelle.

Hors de propos sont les puérilités, hors de notre vue les sans fondement, sans motif, infécond et vaniteux.

Notre valeur crie sauve qui peut pour ne pas être endolorie mais nos volontés sont louables, nous agissons au nom de l’amour.

Reviennent, en surface, des menus détails quant au traitement qui nous fut réservé, sur ces questions qui ne nous seront jamais posées: comment vas-tu ? Que souhaites-tu ? Qu’aimerais-tu ?

Ce pourquoi, au coeur de nos paupérisations multiples, nous recevons l’intérêt avec appréhension. Et si la situation était inguérissable, sommes-nous des victimes de l’éternel retour ? Nous avons peur d’avancer mais désormais il est plus que question de reconnaitre les vertus de nos efforts.

Ne frotte pas tes mondes au mien si de respect pour l’amour tu n’as point

Un nouvel espace temps ouvre la voix: Temps philosophique, question mystique.

Vampyr, Dreyer, 1932

Sommes-nous tous des Allan Gray ? Et si cette période pouvait être comparable à cette auberge située à Courtempierre ? Qu’est-ce qui nous hante et contre quoi luttons-nous ? Qui est notre vampire et comment déjouer ses tours ?

Où se trouve notre grimoire ? Et comment recevons-nous ses instructions? Quel sort avons-nous lancé? Quel enchantement avons-nous crée? Nous nous livrons à la divination au point de concevoir des objets magiques, quel talisman, quelle amulette ? Qui nous porte chance ?

J’ai cette humeur dans la gorge, l’amour, à travers moi, ne cesse de gronder.

Comme un poison, une morsure, l’on garde, longtemps, en soi, ces fiévreux effets secondaires. Être aimée, pour neutraliser, nettoyer, s’extraire de ces ronces là ne suffit pas.

Cette histoire, cette chose historique, disons plutôt, se posa sur des jours, déjà, hantés.

J’ai avorté d’un amour désespoir, la nausée pour quotidien noir

Le temps guérit, passe sur pareille blessure avec sa démarche bien à lui mais c’est aussi parce que d’autres images, plus mortelles, d’autres visages davantage meurtris ont, depuis, substitué et gradué l’échelle de la douleur à un autre Richter.

Perdre, sans cesse, voir, avec cette cadence folle, ces noms de famille imprimés sur ces portes mortuaires, je ne souhaite cela à personne. Un monde qui s’écroule, des horreurs pour cauchemars diurnes. Survivre à ces impuissances requiert une concentration et une vigilance de tous les instants.

C’est, dans une tentative solidaire, que je me suis tournée vers toi et cet espace temps, jadis, douloureux, le pensant loin et allégrement franchi par mes nouveaux handicaps.

Cette volonté louable d’être dans la dignité, à partir de son passé, jusqu’à ce chaque jour, tient en ce respect immense que j’ai pour la vie.

Donner, offrir, être solidaire, dans une attitude compréhensive demande beaucoup d’énergie, difficile parfois à compenser. Penser à soi est, toutefois, obligatoire pour sauver sa peau.

Essayer de faire du chemin avec des êtres qui me donnent l’impression d’aller à reculons car ils n’ont pas confiance en moi me scandalise. Soutenir des initiatives, souhaiter que l’autre prenne confiance, reprenne des forces et des couleurs est usant. La bascule arrive vite et la balance de la justice fait disparaitre l’équitable. Vous êtes perdant.

Sournois ressenti, vous venez, à peine, de surmonter des obstacles infranchissables et vous vous trouvez nez à nez avec un être qui finira toujours par ne pas croire en vous.

Un affront absolu.

Blumenfeld, Line on face, ligne sur un visage, 1947-49

D’une relation avortée à une autre restreinte, le compte n’y est pas. J’ai souhaité cette connexion meilleure, plus intègre et honnête. Je reste entière et ne peux vivoter, végéter, Vivre, après tout ce qui m’est arrivé, est une urgence vitale!

L’air se doit d’être respirable, les possibles amples et permissifs, l’assignation au statut d’objet, de souvenir est d’emblée rejetée.

L’amour crache sur les discrétions miettes, casse le cou au mensonge.

Le dialogue ne s’instaure guère, les mots ne sortent pas. Je ne vis pas bien ces gênes, me sens encombrée. Quel est ce rôle ? Quelle en est sa teneur ?

L’ennui de revoir le gaspillage entrer dans le bal m’ôte des sourires.

Les efforts ne sont pas soutenus, les choses sont peu nourries, la distance éprouvante se réinstalle. Frustrante situation qui n’est pas sans rappeler de mauvaises pensées.

L’absence d’attention, de douceur, de délicatesse tue le moindre de mes mouvements.

Le piège tendu au sein duquel nous tombons les pieds joints fait exploser notre coeur, les manques font enfler nos muscles, le blast est tout proche.

S’installe une guerre contre ces heures affectées par la détresse. L’amour n’est pas un moindre mal.

Nous sommes en conflit avec nous: la brutalité rend vorace, l’addition des peurs tétanise.

L’emprise affective devient pénible, tiraillée, nous sommes cloués, assombris, nos jours comme nos nuits paraissent paumés. Ramener mon existence à de piètre jeu d’équilibre me met en rage.

Notre fierté dans la poche, encore terrorisés par la douleur de jadis, nous n’en menons pas large.

Comme je méprise les intrigues, comme je redoute de voir clair dans cette adresse, je sens la manipulation, je crois voir les injures faites à l’intensité de ma vie, j’exècre ces moments, sans flottement, sans doute.

L’amour me répète qu’ il n’est pas un être mineur dans mon histoire affective. Je lui rétorque que l’amour était absent ces jours où il me rabaissait à l’inertie d’un objet.

Mais je sais que nos sensibilités communes sont une espèce protégée dont je ne souhaite aucunement l’extinction.

J’ai insécurisé ma vie et l’ai accepté, ai pris des risques, ai produit de multiples efforts et le meilleur que tu puisses m’offrir c’est d’être courageux.

Isabelle Pompe L, sous le spell, 11 janvier 2022.

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